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Ici on cause Pop Culture

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Bashung

En 66, après avoir tourner jusqu'à plus soif dans les circuits des bases Américaines de l'OTAN avec les Dunces (Les cancres), le jeune Baschung monte à l'assaut des cabarets Parisiens. En particulier le Club Pierre Charon ou se donne rendez vous les gens du métier. Il est alors remarqué par le Directeur Artistique Gérard Hugé qui lui commande une adaptation d'un titre Américain que s'apprête à enregistrer sa protégée Pussy Cat. Ainsi, c'est en tant que Parolier que le nom d'Alain Baschung comme il s'orthographie alors apparait pour la première fois sur une pochette de disque.

Hugé l'emmène dans ses bagages lorsqu'il rejoint le Label Phillips qui commercialise bientôt le EP"Pourquoi rêvez-vous des EU?" Le titre que Baschung signe, paroles et musiques et dont l'écoute résume la difficulté d'enregistrer du Rock ou de la Pop en France en ce milieu 60. S'ensuivent plusieurs EP et 45T d'avantage pour répondre à une demande du Public, même si la Bluette "Chérie petite chose" apparait dans le Hit-parade fantaisiste d'une radio périphérique.

Depuis la voie de garage ou il observe le fonctionnement du marché du disque, Alain comprend qu'il n'arrivera à rien tant qu'il enchainera les Simples enregistrés en 4 petites heures avec des équipes d'Arrangeurs et de Paroliers Anonymes, sans oublier les Ingés sons qui écoutent un match sur leurs transistors et les Pianistes qui lisent un polar posé sur le clavier.

Fin 69, dans les colonnes de Salut les Copains, il revient sur les vicissitudes du métier et son espoir d'enregistrer rapidement un Album. Il devra patienter 8 ans avant de concrétiser son rêve.

En 70, avec déjà une dizaine de petites rondelles au compteur et autant de flops, il rencontre le Parolier Michel Bernard avec lequel il va composer à tour de bras pour des secondes couteaux de la Variété Française, mais aussi pour Dick Rivers, dont Alain deviendra le Réalisateur. c'est l'occasion pour lui d'aller observer comment travaillent les Ingénieurs du son de l'autre coté de la Manche, en particulier ceux d'Olympic Sound. L'épisode est important car, pour la première fois, il dirige une équipe de musicien débarrassé des intermédiaires obligés que sont l'Arrangeur et le Directeur Artistique, 2 verrous qui condamnent toute l'éclosion d'une scène Française. Découverte: on peut prendre du plaisir en Studio.

La quête de l'inaccessible Tube se poursuit inlassablement, cette fois sous des pseudos Anglo-Saxons: Mike Deaner et Hendrick Darmen. Bernard & Baschung commettent un 45T sous le nom Monkey Bizness, avec pour résultat une timide entrée dans le Hit-Parade d'Europe1, mais avec un titre qu'ils n'ont pas composé. Plus réjouissant, le double Album de reprise destiné à un Label "Budget" distribué en Supermarché qu'Alain enregistre avec Dick sous le nom de Rock band Revival marche lui très bien…

On retrouve Baschung dans le costume de Fouquier-Tinville sur la scène du Palais des Sports lors des représentations de l'Opéra Rock (Sic) "La Révolution Française". Il racontera que certain soir, il lui arrive de s'endormir sur scène.

En 75, alors qu'il vient de rencontrer Jean Fauque et Boris Bergman, il enregistre un curieux 45T produit par la Fnac sous le nom de David Bergen vite oublié. S'il juge les textes de Fauque encore un peu vert, en revanche, il commence une collaboration fructueuse avec Bergman qui aboutira à un premier Album "Roman Photos" l'année ou Pistols et Clash font trembler l'Angleterre. Une seconde plume participe à l'écriture de l'Album en la personne de Daniel Tardieu, Parolier doué à qui l'on doit la chanson titre. Quelques rares critiques, notamment Jean Marc Bailleux dans Rock&Folk flaire un potentiel, mais il faudra attendre un changement de maison de disques et un second 33T, "Roulette Russe" plus un 45T de la dernière chance pour que Baschung rencontre son Public.

Avec celui ci, Alain précise les contours de son Univers, nocturnes, urbain, peuplé de Losers et de Femme Fatales. Les arrangements hésitent encore entre Chansons et Rock, mais le Binôme Bergman/Bashung a trouvé ses marques, notamment au travers des morceaux "Station Service", "Elsass Blues", "Bijou" ou le Kurtweillien "Les Petits Enfants écrit par Tardieu.

On est en 80, 14 ans après le 1er Ep et "Gaby oh Gaby", qui reprend les couplets d'un morceau écartés du précédent Album et sur lequel Bergman a plaqué un nouveau refrain est ce Tube inespéré qui rendra possible les épisodes suivant.

A partir de là, la machine s'emballe de façon dangereuse pour Alain. Un 3ème LP enregistré en Angleterre, un "Vertige de l'Amour" dont s'empare la Bande FM. L'Album "Pizza" créer dans l'Atelier Montmartrois d'où il sortira 11 chansons du Duo, reflètent l'humeur poisseuse d'une fin de décennie, toutes guitares dehors. Bashung esquisse les contours d'un Rock français capable de soutenir la comparaison avec ces cousins d'Outre-Manche et de séduire les Radios Périphériques en cette années des radios libres. Les ventes décollent, des tournées, des interviews, des télés et des longs-métrages en tant qu'Acteur ( le cimetière des voitures, Bo Craddocks), et déjà ce décalage qui ne fera que s'accentuer, entre des fans venue écouter les tubes et un Bashung plus proche des Stooges que de Claude François.

 

La belle mécanique en route vers la gloire se crashe la nuit de la St Sylvestre 81, quand Jean Fauque est appelé d'urgence auprès de son ami qu'il découvre, un couteau à la main, des idées noires plein la tête. Le pire est évité, mais, à l'issue d'une période de remise en questions, il rompt avec ceux qui l'ont accompagné jusqu'ici; attachée de Presse, Manager et...Parolier…

Fin 82, le prestidigitateur Bashung revient en chanteur New Wave avec "Play Blessures". Il en cosigne les textes avec Serge Gainsbourg inconsolable depuis sa rupture avec Jane. Leurs rencontre va produire un Album aussi radical que les cocktails qu'ils inventent pour y voir clair et marque le début d'une traversée du désert. Les textes sont souvent lugubres et obscurs, parfois suicidaire en parfaite adéquation avec les playbacks habités que Bashung et son groupe ont couché sur bande. la new wave française y gagne son "Cityzen kane", un formidable échec commercial devenu œuvre culte, effectivement ceux qui attendait la suite prévisible de "Pizza" en sont pour leurs frais.

Ventes catastrophiques mais le pari d'inventer un rock pour adultes et français est gagné. Commence alors une errance artistique seméé de Singles réjouissants mais trop dadaïste pour enrayer le naufrage commercial, tel "What's in the Bird", extrait d'un "Figure imposée" que son Auteur considérera lui même comme un semi-ratage.

A ce stade, le chœur des critiques s'interrogent à haute voix "ou va Bashung?" Le single "SoS Amor" taillé sur mesure pour les radios et les Clubs, est perçu comme un bulletin de santé rassurant. Les Albums "Live Tour 85" puis "Passé le Rio Grande" qui marque le retour de Boris Bergman confirment que le pilote à définitivement repris les commandes de l'appareil. Il ne les lâchera plus. Deux changement important se produise au même moment. Tout d'abord son passage de Phillips à Barclay, Label dirigé par un Philippe Constantin en qui Bashung trouve un interlocuteur capable de comprendre, mais aussi financer, un processus de création qui, avec le temps, deviendra de plus en plus long et complexe. Le second est plus personnel et radical. Son corps lui présente la facture de 2 décennies de mauvaises habitudes. Une cirrhose à un stade si avancé qu'elle ne lui laisse que 2 options, la sobriété ou la rubrique nécrologique.

C'est donc un Bashung clean et affuté qui clôt la décennie. De même que son association avec Bergman sur le ténébreux "Novice" et le 1er avec l'ami de toujours Jean Fauque. Après le solaire et Spectorien Rio Grande, les textes traitent ici d'absence, d'abandon, de trahison. Un peu comme une suite à Play Blessures, plus polaire et synthétique et pour lequel Alain convoque le gratin de la New Wave, Colin Newman(Wire), Blixa Bargeld(Bad Seeds), Dave Ball(Soft Cell), les guitaristes de The Fall ainsi qu'un Phil Manzanera, orphelin de Roxy Music qui apporte à l'ensemble sa touche impressionniste. 

Album au titre jeu de mots "No vice" reçoit un très bon accueil de la critique mais les ventes restent discrètes. Reste à pondre "un truc qui marche". Ce à quoi s'attelle Bashung et son nouveau complice d'écriture. Avec  "Osez Joséphine", ils mettent en orbite le 3ème chapitre des aventures d'un chanteur qui ne sera plus jamais un Outsider.

Les disques de chevet de Bashung pendant l'enregistrement de "Chatterton" se situe entre Léo Férré et Peter Green éclairant sa quête d'un métissage de bases terriennes et de digressions planantes, de blues et de Poesie.

Enfanté au milieu d'une procédure de divorce, "Fantaisies Militaires" parcourt les ruines d'une relation amoureuse. Le morceau d'ouverture "Malaxe" fait réference de façon voilée à la crise qu'il traverse pendant son élaboration. Retranché dans un petit appartement, dans le quartier de Belleville, ne recevant que de rares visiteurs, il conçoit avec Jean Fauque cette œuvre crépusculaire. "La nuit je ment" nait de ces séances d'écritures marathoniennes. Dans un second temps, Richard Mortier et les Valentins orchestrent le fruit de ces nuits blanches, l'enregistrement final se faisant au Studio Miraval supervisé par Ian Caple. L'accueil tant critique que public de l'Album confirme la singularité d'un Artiste qui parvient à être populaire sans sacrifier aux modes.

Désormais, toutes les imprudences seront permises. L'Album porté par "La nuit je ments" chanson kaléidoscopique dont chaque écoute révèle une nouvelle facette, entraine le LP en haut des charts. Au début du nouveau millénaire, l'atmosphérique "L'imprudence" bande-son aux accents symphonique d'un film qui resterait à tourner et un meccano implacable dont chaque rouage a été amoureusement dessiné et ajusté. La touche finale est apporté par un casting impeccable: Steve Nieve, Marc Ribot, Arto Lindsay. Projet ambitieux donc mais étonnamment fluide, celui d'un Artiste parvenu au sommet de son Art.

Il sera suivi d'un silence de 6 ans, à l'issue duquel Bashung éprouve le besoin de revenir aux fondamentaux, le Folk et la Country qui abreuvent les plages de "Bleu Pétrole" dont la sortie est assombrie par un diagnostic médical qui précipite le chanteur sur les routes, chaque concert devenant un instant d'éternité arraché à un ennemi implacable.  Le combat par trop inégal, connait un coup d'arrêt brutal en 2009.

Reste ces vers sur Bleu Pétrole comme prémonitoire " Un jour je parlerai moins/jusqu'au jour ou je ne parlerai plus/

 

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